Louer un camion ou faire appel à un déménageur ?

Pour beaucoup de déménagements, louer un camion est la bonne réponse. Pour d'autres, elle coûte plus cher qu'elle n'en a l'air. Ce qui départage les deux n'est pas le prix affiché : c'est votre permis, ce que chaque option coûte réellement une fois tout compté, et ce que couvre chaque assurance.

  • Le tarif de la location n'est qu'un des postes : carburant, trajet de retour, caution et votre journée s'y ajoutent
  • Dans un camion loué, personne d'autre que vous ne répond de vos biens pendant le transport
  • Permis B : 3,5 tonnes maximum, et une remorque ne relève pas ce plafond

Par Romain Cheiko, Fondateur de Demvite · Publié le · mis à jour le

L'essentiel

Louer un camion tient la route quand le volume est modeste, la distance courte, les deux adresses accessibles de plain-pied ou desservies par un ascenseur, que vous disposez de deux ou trois personnes fiables le jour dit, et que rien de lourd, de fragile ou de vraiment précieux n'est du voyage. Faire appel à un déménageur se justifie dès qu'un de ces éléments manque : un étage réel sans ascenseur, un piano ou un objet de valeur, une longue distance, une date contrainte, ou tout simplement personne pour aider. Entre les deux existent trois solutions intermédiaires : la manutention seule, le camion que vous louez mais que le professionnel conduit, et la location d'un camion avec chauffeur.

Les deux options, critère par critère

Le tableau ci-dessous est la comparaison que la plupart des lecteurs reconstituent de tête. Aucun montant n'y figure : ce qui départage les deux options n'est pas un prix, ce sont des contraintes et des responsabilités.

CritèreCamion louéDéménageur professionnel
Permis nécessairePermis B, donc 3,5 t de PTAC au maximumAucun de votre côté
Taille de camion accessiblePlafonnée par ce seuilSans limite pratique pour un particulier
Qui porte et qui chargeVous, et les personnes que vous mobilisezL'équipe, c'est son métier
Qui répond des biens pendant le transportPersonne d'autre que vous : le loueur couvre son véhicule, pas votre mobilierL'entreprise, présumée responsable
Ce qui compose le coûtLocation, carburant, trajet de retour, péages, caution et franchise, votre journéeVolume, distance, trajet du camion, étage et ascenseur, objets particuliers, niveau de prestation
Nature de l'engagementUn contrat de location de véhiculeUn contrat de déménagement, avec son régime propre
Camion loué et déménageur professionnel, sur les six critères qui décident
Intérieur d'un camion de déménagement vide : sangles de levage suspendues, pile de couvertures de protection, diable et chariots à roulettes rangés le long des parois.
La ligne « qui porte et qui charge », en image : un camion de déménagement part avec ses sangles, ses couvertures, son diable et ses chariots. Un camion de location part vide.

Ce qui compose le prix, de chaque côté

Les deux options ne se comparent pas sur leur chiffre d'appel, parce qu'elles ne recouvrent pas les mêmes postes.

En location, le tarif journalier n'est qu'une partie du total : s'y ajoutent le carburant, le trajet de retour du camion quand la location n'est pas en aller simple, les péages, la caution et la franchise en cas de dommage. Et votre journée, plus celle des personnes que vous mobilisez.

Dans un déménagement confié à un professionnel, le prix se construit sur le volume à déplacer, la distance, le trajet que le camion fait lui-même pour venir et repartir, l'étage et la présence d'un ascenseur aux deux adresses, les objets lourds ou fragiles, et le niveau de prestation choisi (du transport seul à l'emballage compris). Le guide sur ce qui fait le prix d'un déménagement reprend chacun de ces postes, à partir des quatre lignes que la loi oblige à afficher.

Un poste passe presque toujours inaperçu : le nombre de voyages. Charger un camion est un savoir-faire. L'ordre dans lequel on monte les meubles, le calage, ce qu'on empile sur quoi décident de ce qui entre réellement. Mal chargé, un volume qui tenait en un voyage en demande deux, et le second se paie en carburant, en péages et en heures.

Arrière d'un utilitaire ouvert, chargé jusqu'au plafond : cartons étiquetés à la main pièce par pièce, empilés et calés du plancher au toit, avec une étagère glissée le long de la paroi.
Chargé au plafond, sans espace perdu. C'est ce savoir-faire qu'on achète aussi chez un professionnel : la place qu'il gagne, c'est le voyage qu'on ne refait pas.

Comparer les deux suppose donc de compter la même chose des deux côtés : tout ce qu'il faut payer, et tout ce qu'il faut faire soi-même.

Un dernier poste allège la facture sans dépendre de l'option retenue : les familles d'au moins trois enfants peuvent prétendre à la prime de déménagement de la CAF, qui rembourse la dépense engagée sur justificatifs, dans la limite d'un plafond. Elle ne tranche pas le choix — un contrat de location comme une facture de déménageur font des justificatifs —, elle change ce qui reste à votre charge des deux côtés.

Votre permis décide de la taille du camion

C'est la contrainte que l'on découvre le plus tard, et c'est la seule qui ne se négocie pas.

Au-delà de ce seuil, il faut un permis poids lourd. Les loueurs ne proposent donc au grand public que des véhicules qui restent en dessous.

La règle, elle, ne dit rien du volume : elle plafonne le poids. Mais le volume suit, parce qu'il faut bien que la caisse tienne sur un châssis de 3,5 tonnes. En pratique, les plus grands utilitaires accessibles avec un permis B tournent autour de 30 m³. C'est un ordre de grandeur constaté sur le terrain, pas une valeur réglementaire.

Et ces 30 m³ ne se remplissent pas de n'importe quoi. Le poids total autorisé en charge couvre le véhicule ET son chargement : avec des affaires lourdes, on atteint la limite de poids bien avant d'avoir rempli le volume.

L'attelage ne rattrape pas ce plafond, contrairement à ce qu'on lit souvent. Une remorque de 750 kg de PTAC ou moins reste couverte par le permis B. Au-delà, tout dépend de la somme des deux PTAC : entre 3 500 et 4 250 kg, une formation complémentaire est obligatoire, et au-dessus il faut le permis BE. Derrière un camion déjà à 3,5 tonnes, la moindre remorque plus lourde vous fait franchir ce seuil.

L'assurance ne couvre pas la même chose des deux côtés

En locationAvec un déménageur
Le véhiculeCouvert par le contrat de locationL'affaire de l'entreprise
Vos biens pendant le transportEn général hors du contrat de location : à couvrir par votre propre assuranceCouverts au titre de la responsabilité de l'entreprise
Un dommage causé par un tiers sur la routeDépend de votre propre contratObjet de la garantie dommages complémentaire
Ce que couvre chaque formule

Côté professionnel, la responsabilité contractuelle de l'entreprise couvre les dommages provoqués par les déménageurs eux-mêmes. Les dommages causés par d'autres, notamment sur la route, n'en relèvent pas : c'est la raison d'être de la garantie dommages complémentaire que beaucoup d'entreprises proposent en option.

Côté location, l'assurance du contrat porte sur le véhicule, et dans la très grande majorité des cas sur lui seul. Un loueur vous loue un camion, pas une protection pour ce que vous mettez dedans. Vos affaires ne sont donc couvertes que si votre propre contrat les couvre : la question est à poser à votre assureur avant le jour J plutôt qu'après, et la réponse dépend de votre contrat, pas d'une règle générale.

Dans les deux cas, prévenez votre assureur habitation de la date du déménagement et de votre nouvelle adresse, par lettre recommandée avec accusé de réception si vous êtes locataire. Toujours côté locataire, une autre lettre passe avant celle-là : le congé donné au bailleur. Le préavis de location qu'il déclenche fixe la remise des clés, donc la date limite du déménagement, quelle que soit l'option choisie.

« Déménagement » est un contrat, pas une façon de parler

Juridiquement, un déménagement suppose au minimum trois opérations : le chargement du mobilier à l'ancienne adresse, son transport, et son déchargement à la nouvelle. Si la prestation se limite au transport, ce n'est plus un déménagement mais un simple contrat de transport, avec un régime différent.

La distinction compte, parce qu'elle décide de qui porte le risque. Dans un contrat de déménagement, la loi le place du côté du professionnel : c'est lui qui est présumé responsable des pertes et des dommages, y compris quand la cause reste inconnue. Vous n'avez pas à démontrer quoi que ce soit.

C'est exactement ce que vous ne trouverez nulle part en louant un camion. Personne n'est présumé responsable de vos affaires, parce que personne d'autre que vous ne les a prises en charge. Ce n'est pas une subtilité de juriste : c'est la différence entre un incident et une perte sèche.

Le devis, et ce qu'il faut lui donner pour qu'il soit juste

Le devis est gratuit et obligatoire, et son contenu est encadré : identité de l'entreprise, période d'exécution, lieux de chargement et de livraison, distance, volume du mobilier, nature de la prestation et prix. C'est la pièce qui compte, et c'est celle que tout le monde reçoit.

D'autres documents existent : une lettre de voiture qui accompagne le mobilier, une déclaration de valeur pour les biens les plus précieux. Dans la pratique, presque personne ne passe son intérieur en revue objet par objet, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Ce qui change réellement quelque chose, c'est la précision de ce qu'on annonce au départ.

En venant aider mon père, ce qui m'a le plus frappé n'est pas le portage : c'est le nombre de messages qu'il fallait pour reconstituer un besoin. L'étage, l'ascenseur, la distance jusqu'au camion, un piano, la possibilité de se garer devant — cinquante allers-retours pour ce que le client aurait pu dire une seule fois.
Romain Cheiko, fondateur de Demvite

Un devis juste suppose donc que le professionnel sache à quoi s'attendre : l'étage et la présence d'un ascenseur aux deux adresses, la distance à porter jusqu'au camion, la possibilité de stationner devant, le volume approximatif, et ce qui sort de l'ordinaire. Une armoire qui ne passe pas dans l'escalier, ou un piano et un coffre-fort, qui relèvent du transport d'objet lourd.

Une information oubliée à ce stade ne disparaît pas : elle revient le jour du déménagement, sous la forme d'un supplément ou d'une équipe sous-dimensionnée.

Le coût qu'on ne compte jamais : les amis qui aident

C'est l'angle mort de l'option gratuite. Si une personne venue donner un coup de main se blesse, celui qui a organisé le déménagement peut voir sa responsabilité engagée, notamment faute de consignes de sécurité suffisantes.

Un lave-linge dans un escalier tournant, une armoire à descendre d'un troisième sans ascenseur : ce ne sont pas des tâches difficiles, ce sont des tâches où l'on se blesse. Cela ne veut pas dire qu'il faut renoncer à l'aide de ses proches. Cela veut dire que « gratuit » n'est pas la même chose que « sans risque », et que ce risque appartient à celui qui organise.

Alors, dans votre cas ?

Cinq questions suffisent à trancher, dans cet ordre. La première qui vous arrête donne la réponse.

  1. Votre volume dépasse-t-il ce qu'un utilitaire de 3,5 tonnes emporte, soit une trentaine de mètres cubes ?

    Oui → Un professionnel : votre permis ne vous laisse pas monter en gabarit.

  2. L'une des deux adresses est-elle à un étage sans ascenseur ?

    Oui → Un professionnel, ou de la manutention seule si le camion ne vous pose pas de problème.

  3. Un objet lourd, fragile ou de valeur fait-il partie du voyage ?

    Oui → Un professionnel : c'est là que se jouent la casse et la responsabilité.

  4. Le trajet est-il long, ou la date impossible à décaler ?

    Oui → Un professionnel : sur une longue distance la conduite s'ajoute au portage, et une date contrainte ne laisse aucun rattrapage si le camion ou les bras manquent.

  5. Avez-vous deux ou trois personnes fiables le jour dit ?

    Oui → Si la réponse est non : un professionnel, ou de la manutention.

Cinq fois la réponse rassurante ? Louer tient la route. C'est le cas de beaucoup de déménagements, et il n'y a aucune raison de payer pour ce que vous pouvez faire.

Les cinq questions qui décident, dans l'ordre où elles se posent

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande le plus

Qui fournit les couvertures, les sangles et le diable ?

Les couvertures de protection, les sangles, le diable et les chariots sont à votre charge en location : rien n'accompagne le véhicule, tout se loue ou s'achète à part. Ne faites pas l'impasse sur les sangles ni sur les couvertures, qui protègent les meubles et calent le chargement : mal arrimé, il bouge au premier freinage. Un déménageur, lui, arrive équipé : c'est une partie de ce que couvre son prix.

Peut-on louer un camion de déménagement en aller simple ?

Certains loueurs le proposent, d'autres non, et la disponibilité dépend des agences de départ et d'arrivée. Quand ce n'est pas possible, le camion doit être ramené : le trajet de retour est à votre charge, en carburant comme en temps, et il double la distance que vous parcourez.

Faut-il une autorisation pour stationner le camion devant chez soi ?

Souvent oui. Beaucoup de communes délivrent une autorisation d'occupation temporaire du domaine public pour réserver l'emplacement devant votre porte, contre une redevance, et elle se demande à l'avance : Lyon, par exemple, veut la demande au moins une semaine avant les manutentions. Les délais, le tarif et la procédure changent d'une ville à l'autre. La mairie est le bon interlocuteur dès que la date est fixée.

Peut-on faire appel à des professionnels sans passer par un déménagement complet ?

Oui, de trois façons. La manutention : une équipe vient porter, démonter et charger, sans fournir le véhicule. Le camion que vous avez loué peut aussi être conduit par le professionnel, à condition qu'il figure comme conducteur au contrat de location, sans quoi l'assurance du véhicule ne joue pas. Et certaines entreprises louent directement un camion avec chauffeur.

Lexique

Le vocabulaire que ce guide emploie, quand le mot ne dit pas ce qu'on croit ou ne se devine pas. Les définitions viennent des sources citées plus bas.

Déclaration de valeur
Le document où vous chiffrez vos biens avant le déménagement : une valeur globale pour l'ensemble, et une valeur par objet au-delà d'un seuil que le contrat fixe. Ces montants servent de plafond d'indemnisation en cas de perte ou de casse : elle se remplit donc avant le départ, jamais après le sinistre.
Garantie dommages complémentaire
Une assurance en option, à ne pas confondre avec la responsabilité de l'entreprise. Cette responsabilité est présumée : vous n'avez pas à la démontrer. Mais elle est écartée dans certains cas, et elle est plafonnée par le contrat — c'est précisément là que la garantie prend le relais. Son plafond suit les montants de votre déclaration de valeur : les deux documents se lisent ensemble.
Lettre de voiture
Rien à poster ni rien qui roule : « voiture » garde ici son vieux sens de transport. C'est le document qui voyage avec le mobilier, du chargement à la livraison, et qui dit qui transporte quoi, pour qui et vers où. La trace écrite du voyage, quand le devis est celle de l'accord.
PTAC
Le poids total que le véhicule est autorisé à atteindre en charge, c'est-à-dire tel qu'il roule : réservoir plein, conducteur, passagers et chargement compris. C'est le chiffre porté sur la carte grise, et c'est lui que le permis B plafonne : un camion dit de 3,5 tonnes en pèse déjà une partie à vide, le reste étant ce que vous avez le droit d'y mettre.

Sources

Chaque information de ce guide vient de l'une de ces sources publiques. Les règles citées peuvent évoluer : la date de mise à jour ci-dessus indique la dernière vérification.

Décrivez votre besoin

Votre demande est présentée aux déménageurs dont la zone et les capacités correspondent. Vous échangez et décidez librement.